Près de 8 000 personnes ont été arrêtées après les émeutes qui ont ébranlé le pays, tandis que le nombre de victimes reste incertain. La relation se tend avec le Kirghizistan voisin après la diffusion d’une vidéo montrant le visage tuméfié de l’un de ses musiciens connu interpellé.Les autorités kazakhes font peser une chape de plomb sur l’information et multiplient les déclarations contradictoires après les émeutes réprimées dans le sang qui ont eu lieu, ces derniers jours, dans ce pays d’Asie centrale. Une chaîne Telegram contrôlée par le ministère de l’information a publié, dimanche 9 janvier, un premier bilan, sans doute provisoire, de 164 civils tués, dont 103 à Almaty. Plus grande ville du pays, celle-ci a encore résonné tout le week-end de tirs d’armes à feu avec, néanmoins, une intensité décroissante. Seul le chiffre de dix-huit morts parmi les membres des forces de sécurité avait officiellement circulé jusqu’ici. Plus tard, dans la journée dimanche, le ministre de la santé réfutait cependant ce premier bilan qu’il avait lui-même fourni, parlant « d’erreur ». Sans plus de détail.
Samedi, un journaliste de la chaîne de télévision indépendante russe Dojd a affirmé avoir été visé par des coups de feu, alors qu’il filmait des hommes armés tirant sur tous ceux qui tentaient de s’approcher d’une morgue d’Almaty. Le président, Kassym-Jomart Tokaïev, a lui-même publiquement appelé les forces de l’ordre à tirer sans sommation sur les « terroristes entraînés à l’étranger », avant de dénoncer, lundi, « une tentative de coup d’Etat » et d’assurer que ses « forces ne tireraient jamais sur des manifestants pacifiques ». Quelques heures plus tôt, la police a annoncé, dans un communiqué l’arrestation de « 7 939 individus détenus par les organes [du ministère] de l’Intérieur ».
Le pouvoir kazakh tisse un lien entre les violences et l’ancien patron des services de sécurité Karim Massimov, arrêté jeudi pour « haute trahison ». « Le clan Tokaïev tente de lui faire porter le chapeau pour la vague de protestation », assure au Monde Temur Umarov, spécialiste de l’Asie centrale au centre Carnegie de Moscou. D’ethnie ouïgoure, M. Massimov était jusqu’ici un poids lourd de la politique kazakhe, considéré comme absolument loyal à l’ancien président Noursoultan Nazarbaïev.