Les résultats d’un rapport de recherche sur la situation des violences basées sur le genre (VBG) dans le contexte de la Covid-19 au Sénégal, ont montré que des femmes qui habitent dans 6 régions du Sénégal où l’Association des juristes sénégalaises (AJS) a ses boutiques de droit, ont été victimes de violences psychologiques et physiques. La tranche d’âge comprise entre 41 et 50 ans est la plus affectée.

l’analyse quantitative a concerné seulement les données de trois boutiques de droit que sont celles de Kaolack, Ziguinchor et Sédhiou. Pour la prévalence des violences, il est relevé que les femmes victimes des violences recensées au niveau des boutiques de droit de l’AJS représentent 43,8 % avant la Covid-19 (janvier à février) contre 56,2 % durant la période de la crise sanitaire (avril à mai) passant de 67 à 86, soit une augmentation de 28,3 %. Toutefois, les données désagrégées selon les régions font apparaitre une situation différenciée selon les localités et la catégorie de violences subies. Concernant la prévalence des types de violence, le rapport révèle qu’une proportion plus importante de victimes de VBG en période de Covid a demandé assistance auprès des boutiques de Kaolack (61 %) et de Ziguinchor (75 %) qu’en période avant Covid. Comparée à Kaolack et Ziguinchor, la boutique de Sédhiou enregistre une baisse du nombre de femmes victimes de VBG d’au moins de 23 %. “L’insuffisance d’accès aux informations et de services relatifs à la lutte contre les VBG dues aux fermetures à un moment donné des boutiques de droit, s’est traduite par une diminution du nombre de consultations ou d’appels pour les cas de VBG.

En plus des difficultés liées à l’accès à l’information pour les victimes de VBG, certaines femmes, en raison des difficultés financières, n’avaient pas les moyens de se déplacer. Certaines ne disposant pas de téléphone ou d’argent pour acheter du crédit, n’ont pas pu contacter les boutiques de droit au moment des faits’’, explique-t-on dans le document. Il y est précisé que les types violence sont différents. Il y a celles morales et psychologiques, économiques, physiques, sexuelles et conjugales. En période de pandémie, selon la même source, la demande d’assistante pour motif de violence économique augmente. Les chiffres ont, en effet, doublé à cette période. En outre, 79,7 % concerne le défaut d’entretien et 20,3 % le refus de donner la dépense quotidienne ou la pension alimentaire. Il s’agit des manquements aux obligations des charges du ménage. Cette prévalence des types montre que l’augmentation des violences est attribuable aux conséquences économiques dues par la pandémie et à la réduction des revenus du couple, surtout du chef de ménage.

“En effet, beaucoup de femmes se trouvent dans des situations économiques et sociales plus précaires qu’auparavant : l’arrêt de nombreuses activités économiques a provoqué une augmentation de la charge de travail domestique pour les femmes, tout en affectant considérablement leurs revenus. Selon les entretiens menés auprès des justiciables, plusieurs femmes ont témoigné de l’accroissement des violences économiques en cette période de pandémie, par rapport à la période avant la Covid-19’’, lit-on dans le rapport. En plus des violences économiques, les données révèlent une recrudescence de violences physiques et psychologiques de la part des époux, comparée à la période avant la Covid-19. Ainsi, il est remarqué qu’il y a eu plus de femmes victimes de violences psychologiques (soit 57,10 %) et physiques (soit 58,30 %) que pendant la période avant Covid où moins de 43 % des femmes sont concernées par les violences psychologiques et 41,7 % par des violences physiques. L’augmentation des violences physiques trouve un répondant dans le confinement et les restrictions des déplacements qui ont favorisé l’isolement social et instauré l’enfermement des femmes ou des filles avec leurs “agresseurs’’.

Toutefois, poursuit le document, même si la pandémie s’est traduite par l’accentuation des violences dans certains couples, les témoignages faits par certaines victimes en situation de violence révèlent des situations de rapprochement. Pendant les deux premiers mois de la Covid-19 où le couvre-feu est instauré, des couples ont eu l’opportunité de passer plus de temps ensemble. Ce qui a permis d’apaiser et/ou de renforcer la stabilité de leurs couples. Dans les enquêtes, certaines victimes ont affirmé qu’il y a un impact positif du “semi-confinement’’, avec la présence du ou de la conjointe à des heures raisonnables. La tranche d’âge 41 à 50 ans est la catégorie d’âge la plus affectée

L’analyse par groupe d’âge selon le type de violence subie au cours des deux périodes, montre que la violence basée sur le genre touche toutes les catégories d’âge. Toutefois, certaines sont plus touchées par les VBG que d’autres. La tranche d’âge de 41 à 50 ans est la catégorie la plus affectée. En effet, elle comptabilise plus de 62,3 % des cas de VBG pendant la crise, contre 37,7 % des cas dans la période avant Covid. Elle est suivie de celle comprise entre 31 et 40 ans qui enregistre plus de cas de victimes de violence en période crise sanitaire soit 51,60 % contre 48,4 % en période d’avant Covid. Les tranches de 11 à 20 ans et 51 à 60 ans sont les moins concernées par les violences de genre en temps de pandémie. Ce résultat peut être mis en lien avec la situation professionnelle des bénéficiaires qui sont majoritairement des ménagères, souvent sans emploi, généralement âgé de 40 à 50 ans.

La suspension des audiences civiles dans les cours et tribunaux impacte sur les procédures de divorce

Sur un autre registre, la suspension des audiences civiles dans les cours et tribunaux, pendant quatre semaines, a eu un impact sur les procédures de divorce. Des victimes ont souligné ce fait et ont montré leur désarroi. Leurs témoignages montrent à quel point le contexte de la pandémie de la Covid-19 a eu un impact sur les victimes de violences basées sur le genre, bénéficiaires des services des boutiques de droit de l’AJS. Pour améliorer la prise en charge des victimes et l’accompagnement des cas dans un contexte de crise, il est formulé les recommandations dans le rapport. On peut citer, entre autres, le renforcement de la sensibilisation sur le signalement des cas de VBG, en mobilisant tous les acteurs autour de la question, et celui des services offerts aux femmes victimes de VBG, en particulier la violence conjugale et sexuelle, les plaidoyers menés dans les juridictions pour certains dossiers civils urgents.

Enquête

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